Christophe d’Halescourt : une vision engagée du futur de l’agriculture

À Hescamps (80) dans le sud-ouest de la Somme, Christophe D’Halescourt est depuis 1991 à la tête du GAEC des mésanges, exploitation familiale et diversifiée. À la croisée des chemins entre enracinement familial, innovation et adaptations aux nouvelles contraintes, Christophe porte un regard lucide et constructif sur l’avenir du métier d’agriculteur.

 

 

Une ferme familiale tournée vers l’avenir

À la tête du GAEC des Mésanges avec son frère et sa fille, Christophe cultive bien plus que des pommes de terre ou des céréales : il entretient une vision durable et collective de l’agriculture. Créée en 1991 sur les terres familiales, son exploitation pratique la polyculture-élevage, avec un large éventail d’activités : élevage laitier, pommes de terre féculières, betteraves, céréales, production d’œufs… Une diversification qui constitue à la fois une richesse économique et un terrain fertile pour l’innovation.

« On est trois associés et trois salariés. Chacun a trouvé naturellement sa place, explique-t-il, moi, je gère plutôt la plaine et l’administratif. »

L’avenir, Christophe l’aborde avec confiance. Sa fille est déjà impliquée dans le GAEC, et ses deux fils y travaillent également. Une relève déjà en marche, avec des envies, des idées… et une vision propre à chacun.

 

gaec des mésanges

 

Une ferme en mouvement, entre projets et obligations

Malgré un rythme soutenu, les projets ne manquent pas. Christophe prévoit la modernisation du bâtiment d’élevage, notamment avec l’installation de logettes pour les vaches, ainsi que la construction d’un espace de stockage dédié aux pommes de terre.

Mais l’évolution passe aussi par une adaptation constante aux réglementations. Les normes environnementales sont plus exigeantes qu’avant : couverts végétaux obligatoires, restrictions d’épandage, seuils à respecter… Des contraintes, certes, mais que Christophe a appris à intégrer intelligemment.

« Au début, on voit ça comme des contraintes. Mais si on s’adapte, on finit par y trouver de l’intérêt, affirme-t-il. Par exemple, semer les couverts tôt pour produire de la matière organique, utile aux sols et à l’élevage. »

Pour lui, ces ajustements sont de véritables leviers agronomiques : ils permettent de mieux gérer les ressources, d’étaler les périodes d’épandage et d’enrichir les sols à l’automne, au moment le plus favorable pour les cultures à venir.

vaches

Une réalité alourdie par l’administratif

S’il y a un point noir dans son quotidien, Christophe ne le cache pas : la charge administrative. Loin de l’image d’un progrès numérique fluide, la réalité de terrain est tout autre. Malgré les logiciels et les outils, les heures passées au bureau grignotent celles passées sur le terrain. Une frustration largement partagée par les agriculteurs.

« Le zéro papier, on n’y croit plus. Et remplir des papiers ne fait pas gagner d’argent, déplore-t-il. Notre métier, ce nest pas d’être dans un bureau, cest d’être dans les champs.»

bâtiment agricole

Le plaisir de produire, malgré les imprévus

Au-delà des contraintes, Christophe reste passionné par l’essence même de son métier : produire pour nourrir.

« Ce que j’aime le plus, c’est produire. Nourrir les gens, c’est la base de notre métier. » affirme l’agriculteur.

Il le dit avec simplicité, presque comme une évidence. Pourtant, il reconnaît aussi les aléas d’une agriculture exposée aux caprices du climat et aux multiples incertitudes. Mais ces imprévus — météo, techniques, marchés — font aussi, selon lui, le charme du métier.

« Plus il y a de cultures, plus il y a d’imprévus. À croire qu’on aime ça ! » s’amuse-t-il.

 

champ de pomme de terres

Une vision collective de l’agriculture de demain

Pour Christophe, l’avenir ne se joue pas uniquement à l’échelle de son exploitation. Il appelle de ses vœux un renforcement des liens entre agriculteurs, coopératives et industriels. Car l’union fait la force, surtout face aux défis économiques et climatiques.

« On est toujours plus forts en groupe que seuls, affirme-t-il. Les coopératives devraient être le prolongement de nos exploitations. »

Cette vision d’un modèle agricole plus solidaire et mieux structuré est aussi une réponse à une époque où les agriculteurs se sentent parfois isolés, voire incompris.

Autre enjeu majeur pour le futur de l’agriculture, selon lui : le regard de la société. Christophe déplore les préjugés persistants dans une partie de l’opinion publique à l’égard du monde agricole. « J’espère qu’avec le temps, on sera mieux considérés. » espère-t-il.

À ses yeux, la reconnaissance du métier reste essentielle. Il souhaite que ses enfants puissent exercer un métier respecté, compris et valorisé à sa juste valeur.

 

 

 

 

 

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