« Si on ne parle pas, on va se faire massacrer » : l’engagement de Damien Van Isacker

Depuis son installation pendant le Covid, Damien Van Isacker partage son quotidien d’agriculteur sur les réseaux sociaux sous le nom @bonsenspaysan. À travers ses vidéos, il contribue à reconnecter agriculture et société, en expliquant concrètement son métier d’agriculteur. Car sur sa ferme, il ne cultive pas seulement du blé, des légumes ou du lin : il cultive aussi un lien avec la société. Le grand public, les voisins, les associations… et aujourd’hui, des milliers d’internautes.

📽️🎬 Découvrez Damien Van Isacker en vidéo 🎬📽️

Damien n’a pas cherché à devenir influenceur agricole. Il a simplement constaté une fracture, un fossé grandissant entre ceux qui produisent l’alimentation et ceux qui la consomment. Alors il a pris un micro, son téléphone et il a décidé de parler.

Quand Damien reprend la ferme familiale, il reprend aussi une philosophie transmise par son père « Ce métier, c’est simple : tu as le droit à 40 essais. Et après 40 essais… c’est la retraite. »

Une manière humble de rappeler qu’en agriculture, chaque campagne est décisive.

Sur son exploitation, Damien travaille seul, épaulé par un apprenti et un père retraité encore actif. Il cultive 100 hectares de blé, 50 hectares de betteraves, 40 hectares de colza, ainsi que de la luzerne, du maïs, des pois, oignons, haricots verts, pommes de terre et du lin.

« L’agriculture, ce n’est pas seulement nous nourrir, c’est aussi nous habiller. » explique Damien.

Les légumes n’étaient pas là avant lui. C’est lui qui a décidé de les intégrer, dans une logique de diversification agricole et de création de valeur, pour allonger les rotations et renforcer sa résilience économique.

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Agriculture et réseaux sociaux : un engagement quotidien pour expliquer 

C’est en constatant un fossé grandissant entre agriculteurs et grand public que Damien décide de communiquer. Une fracture qu’il a vécue lui-même, en voyant les débats s’enflammer sur les pesticides, l’environnement ou les modèles agricoles. « À nous d’être présents sur les réseaux sociaux. Si on ne fait pas ce travail de pédagogie, on va se faire massacrer. »

Sur Instagram et Facebook, il prend la parole avec un dispositif minimal : un smartphone, un petit micro et des vidéos courtes.

filmer video-1Il traite des sujets d’actualité, notamment ceux qu’il estime mal compris : pesticides, doses, risques, bio versus conventionnel, ou encore réglementation. Avant chaque publication, il effectue une recherche bibliographique, pour garantir une communication agricole crédible et pédagogique. « Les doses, ce sont les grandes oubliées de la communication. À nous de reprendre les calculs et d’informer sur les vrais risques. »

shared image (13)Damien répond à tous les commentaires. Pas pour convaincre les contradicteurs, mais pour informer les lecteurs silencieux. Une stratégie assumée : toucher ceux qui observent sans forcément s’exprimer. Vis-à-vis des « haters », il appelle à ne pas se laisser impressionner : « Souvent, ce sont des comptes fake ou des comptes de militants. »

 

Prendre la parole quand on est agriculteur : accessible à tous 

Damien veut surtout dire aux agriculteurs qu’ils peuvent, eux aussi, raconter leur métier même sans se montrer, sans matériel ou sans montage. « Ne vous posez pas trop de questions. Lancez-vous ! Vos amis seront les premiers à vous encourager. »

Pour ceux qui ne souhaitent pas se montrer, il recommande de commencer avec une page anonyme. Et d’insister : la communication agricole n’est pas une question de moyens, mais de volonté. « Et les idées viennent souvent dans le tracteur. »

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Créer du lien entre agriculteurs et société, aussi sur le terrain 

Quand on lui demande d’où lui vient cet engagement, Damien explique qu’il a compris qu’en agriculture, où l’on travaille souvent seul, il faut jouer collectif. Parler à ses voisins, qu’ils soient agriculteurs ou riverains, permet de créer une vraie symbiose et de mieux faire comprendre le métier.

Il ne se limite pas aux réseaux sociaux : chaque année, il organise une action de communication sur sa ferme. Glanage de haricots verts avec l’école du village, barbecue avec les voisins de champs… : ces initiatives ont un vrai impact. Dorénavant, les habitants le reconnaissent lorsqu’il traverse le village avec son semoir. « Ces initiatives donnent des excuses aux gens pour franchir le portail de la ferme », constate-t-il avec satisfaction.

Pour ceux qui veulent communiquer sans passer par les réseaux sociaux, Damien recommande le site internet www.moissonneuse.fr, une solution pour organiser des visites de ferme et des tours de batteuse, et favoriser au passage la transparence agricole.

 

Communication agricole : un enjeu stratégique pour l’avenir

Damien le dit sans détour : « La communication agricole n’est pas mauvaise… elle est inexistante. » Pendant longtemps, l’idée dominante était de laisser faire les professionnels. Mais l’accès aux réseaux sociaux a changé la donne. Le grand public s’informe beaucoup, parfois mal, et se fait rapidement une opinion. Dans ce contexte, les agriculteurs doivent reprendre la main sur leur image et leur discours.

« On ne peut pas parler de notre détresse agricole si on n’explique pas notre façon de travailler. » Damien estime que la société serait bien plus sensible à la dégradation du secteur si elle connaissait mieux la réalité du métier. Et il croit en l’avenir : « Je ne suis pas pessimiste. On aura toujours besoin de manger. »

 

S’engager en agriculture : l’exemple de la solidarité avec SOLAAL

L’engagement de Damien ne s’arrête pas aux réseaux. Il a aussi choisi d’agir sur un autre terrain. Il intervient au sein de Solaal, une association qui met en relation les agriculteurs et les structures d’aide alimentaire en organisant la logistique, la traçabilité et les documents de défiscalisation.

Damien découvre Solaal grâce à son ami Bruno Cardeau, connu sous le nom « Salut Salut » sur les réseaux (@bruno_salut_salut). À l’époque, un industriel lui demande de laisser un hectare de haricots verts en surproduction. L’idée de devoir détruire des produits parfaitement bons le dérange profondément. Très vite, il s’engage et devient administrateur. Cela fait maintenant deux ans qu’il accompagne l’association dans ses actions de solidarité.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus de 4,2 millions d’équivalents-repas ont été distribués en 2025 en Hauts-de-France, grâce à 135 donateurs, 900 dons et 22 glanages. Depuis 2019, ce sont 26 millions d’équivalents-repas distribués aux Restos du Cœur, à des épiceries solidaires ou à des associations étudiantes. Le don est encadré, tracé et organisé pour assurer la sécurité alimentaire. « On a la possibilité d’offrir des fruits et légumes sains à ceux qui en ont besoin. Ça a du sens. »

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L’agriculteur rappelle également que l’engagement peut passer par d’autres formes, notamment le syndicalisme ou les manifestations agricoles, indispensables selon lui pour défendre le métier.

Au terme de son expérience, Damien transmet un message simple aux agriculteurs : communiquer est devenu une responsabilité. Prendre la parole, même modestement, pour expliquer son métier et ses pratiques, c’est contribuer à faire comprendre ses défis, ses contraintes et ses voies de progrès.

« Engagez-vous ! » revendique-t-il. Parce que chaque agriculteur peut devenir un ambassadeur de son métier.

Et si la prochaine voix qui raconte l’agriculture, c’était la vôtre ?

 

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